Eugène Isabey : cabinet des dessins

La réputation d'Eugène Isabey (1803-1886) n'a guère connu d'éclipse : l'abondance de son oeuvre a
assuré sa postérité sans nécessiter un procès en réhabilitation. Fils de Jean-Baptiste Isabey (1767-1855),
le plus célèbre des miniaturistes de l'Empire, Eugène sut imposer avec fougue son prénom : à la
précision et à la suave délicatesse de l'un, l'autre répondit par la richesse de sa palette et la générosité
de sa touche. En dramaturge romantique, Eugène Isabey orchestra d'emblée d'immenses scènes de
naufrage. Parallèlement, il emprunta le goût des costumes anciens à la littérature de son temps et
remporta un vif succès auprès des collectionneurs grâce à ses évocations historiques.
Fondé sur les richesses du département des Arts graphiques du musée du Louvre, ce volume s'attarde
moins sur cette production de cape et d'épée que sur l'exploration inédite des rivages normands et
bretons. En 1864, Napoléon III faisait acheter à l'artiste une soixantaine d'aquarelles, rehaussées de
gouache, représentant les rivages et les vieilles villes de ces régions dont Isabey s'était fait le chantre
depuis les années 1820. Elles forment un vibrant plaidoyer pour les falaises ou les côtes déchiquetées,
d'Étretat à Saint-Malo, tour à tour battues par les vents ou écrasées de soleil, mais aussi pour un
peintre, peut-être trop virtuose, derrière lequel se cache un artiste authentique, de ceux qui, armés
d'un simple pinceau, nous font regarder autrement le spectacle de la nature, leçon à laquelle furent
sensibles Jongkind comme Boudin.