L'impératif utopique : souvenirs d'un pédagogue

Être conçue pour ne pas être : tel est le destin
de l'utopie. Cette impossibilité à exister dans
l'espace réel est le critère de qualification
de l'utopie dans l'espace imaginaire. Par définition,
une utopie n'a donc pas de lieu sur terre,
et ce qui y a trouvé une place durable n'a pas
la qualité d'utopie.
Le projet dont l'histoire est racontée dans ce livre,
celui du Fresnoy-Studio national des arts
contemporains, s'est réalisé grâce au caractère
utopique dont il s'était fait un impératif : paradoxe ?
exception à la règle ? En tout cas, il ne fait aucun
doute que toute inflexion du projet pour le rendre
réalisable l'aurait condamné à n'être jamais réalisé.
Cela pose la question du moment, de
la circonstance historique, où le politique, face
auquel l'utopie se détermine en s'y opposant,
a adopté comme critère de ses choix, et comme
règle de son action, non plus l'économie mais
l'esthétique. Éphémère moment d'une esthétique
du politique.
Écrit à la première personne, ce récit d'une grande
réalisation publique s'appuie sur des anecdotes
et sur les relations entre individus singuliers,
chères à la micro-histoire. Outre la genèse
du Fresnoy-Studio national entre 1987 et 1997, est
ici brossé par touches un tableau des orientations
nouvelles en matière de pédagogie de l'art
et de formation des jeunes artistes, en France,
en Europe et ailleurs, en fonction de la révolution
des techniques, des langages artistiques,
des moyens d'expression et de communication,
à la fin du XX<sup>e</sup> siècle.
Alain Fleischer