Lumières, n° 5. Esthétique et poétique de l'objet au dix-huitième siècle

Que le siècle des Lumières ait été à la fois celui d'une promotion
(philosophique, morale...) de l'objet et d'un foisonnement d'objets
de toutes sortes, il suffit de songer à l' Encyclopédie et aux
planches qui l'accompagnent pour s'en convaincre. Mais on a
longtemps voulu croire que la découverte littéraire de l'objet ne
datait, elle, que du XIX<sup>e</sup> siècle. Dans le sillage de travaux récents,
le présent recueil voudrait au contraire mettre en lumière les
inflexions nouvelles et les modalités singulières de la présence
des objets dans les oeuvres littéraires et artistiques du XVIII<sup>e</sup>
siècle.
Au XVIII<sup>e</sup> siècle, «la poésie vient au roman par les choses» selon
une belle formule d'Henri Lafon. A lire les études diverses ici rassemblées,
et la manière dont elles font apparaître à la fois les
multiples pouvoirs des objets et la dynamique de leurs incessants
détournements, il est difficile de ne pas être tenté d'en
élargir le champ d'application vers d'autres horizons (contes de
fées, dialogues, récits utopiques, théâtre, philosophie, peinture...).
Avec le brouillage des distinctions entre objets bas et
objets nobles - corollaire d'une contestation de la hiérarchie des
genres - et le refus (ou parfois le détournement) d'un usage
essentiellement symbolique ou allégorique de l'objet, c'est peut-être,
en effet, une certaine opacité qui, au XVIII<sup>e</sup> siècle, caractérise
l'objet en quelques unes de ses représentations littéraires et
picturales les plus significatives.
Il s'agit en somme de s'interroger sur la fascination que le siècle
des Lumières semble avoir éprouvé pour les objets et pour ce
pouvoir infini qui leur est propre : celui de donner à penser et à
rêver.