Liberté, égalité... sécurité

Faudra-t-il modifier la devise républicaine, en remplaçant
le terme «Fraternité» par celui de «Sécurité» ? Comme si
l'appétence croissante de l'opinion publique en faveur d'une
sécurité renforcée dans sa vie quotidienne pouvait aboutir
à une remise en cause de l'un des principes fondamentaux
de notre organisation politique. Mais pourquoi s'en alarmer
après tout, puisque le droit à la sécurité est un des devoirs
de l'Etat, inscrit dans la Déclaration universelle des droits de
l'homme de 1948 ? Pourtant cette exigence nouvelle n'est
pas anodine, et Montesquieu nous a appris que «la liberté
politique consiste dans la sûreté, ou du moins dans l'opinion
que l'on a de sa sûreté».
Cette montée en puissance d'un désir commun pour davantage
de sûreté pour les personnes et leurs biens oblige
les décideurs politiques et les professionnels publics ou privés
de la sécurité à s'adapter. Les émeutes de novembre 2005
dans les banlieues, les menaces terroristes sur le territoire
et la prise en compte du contexte international sont autant
de facteurs propres à stimuler cette demande de sécurité
souvent contradictoire : on veut en même temps plus
de policiers mais payer moins d'impôts, un même niveau de
sécurité partout en France alors que 50 % de la population
est rassemblé sur 5 % du territoire, des agents de sécurité
privée irréprochables tout en choisissant les moins chers lors
des appels d'offre.
Pour la première fois, deux décideurs politiques du PS et de
l'UMP, des juristes, une représentante des victimes, des hauts
fonctionnaires du Ministère de l'Intérieur, des universitaires
et des praticiens de la sûreté rassemblent sans tabou leurs
propositions sur ce thème hautement sensible de la sécurité
qui va modeler durablement la société française, dès les
prochaines échéances électorales du printemps 2007, puis
dans les années qui suivront.