Le château de Castenau et ses seigneurs

Le 28 mai 1900, le soleil se levait, avec tout l'éclat de
sa pompe royale dans un ciel serein, et à notre mémoire
revenait, comme un écho lointain, le salut, que lui adresse
Lamartine :
C'est lui, c'est le jour
C'est lui, c'est la vie
C'est lui, c'est l'amour.
La rosée du matin émaillait de perles et derubis les prairies
verdoyantes et fleuries, où mille insectes célébraient
le Créateur par leur hymne matinal. Les frondaisons des
bois d'alentour cachaient une multitude de musiciens et le
coucou scandait la mesure de leurs harmonies confuses.
Comme elle est belle la nature dans son plein épanouissement
! Comme elle élève l'esprit et le coeur en haut !...
Tandis que nous contemplons ce tableau, la vapeur nous
emporte sur les bords enchantés de la Dordogne.
- Voyez-vous là-bas, s'écrie tout à coup mon compagnon
de route, cette masse gigantesque qui se dresse
vers le ciel ?
- C'est Castelnau ! Castelnau avec ses tours inébranlables,
avec ses remparts menaçants, avec ses créneaux
redoutables. Remontez par la pensée vers le XI<sup>e</sup> siècle :
vous croyez entendre les cors qui sonnent l'hallali après
la curée, les hennissements des coursiers, le cliquetis des
rapières, les grincements du pont levis et des herses qui
livrent passage au très Haut et Puissant Seigneur...
Jean de Laumière