Rousseau : de l'empirisme à l'expérience

L'un des traits constants
de la pensée de Rousseau
réside dans la méditation qu'il
poursuit jusqu'à la fin de sa
vie sur l'amour de soi - sur
l'affection essentielle de l'être sensible et intelligent. Mais les
ressources mobilisées dans cette entreprise ne demeurent pas les
mêmes tout au long de l'oeuvre et elles se forgent avant tout dans un
effort d'appropriation puis de mise à distance de la philosophie de son
temps. C'est cet effort méthodologique qui est analysé dans le présent
ouvrage. Du Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité à
l' Émile , Rousseau perfectionne un empirisme qui confère son
caractère systématique à la «théorie de l'homme» mais qui, à terme,
révèle ses limites dans l'examen des idées sublimes (l'ordre du monde
voulu par Dieu, l'existence de l'âme) que l'homme moderne doit
prendre en vue. Aussi importe-t-il de comprendre de quelle façon
Rousseau abandonne cette perspective au long des recherches qui,
en 1778, aboutissent à l'oeuvre ultime achevée au seuil de la mort :
Les Rêveries du promeneur solitaire. Le cheminement que l'on peut
retracer en suivant la voie royale de la méthode découvre une dernière
philosophie de Rousseau, où la clarification d'expériences décisives
(l'accident, la rêverie) se substitue au style philosophique de l'époque
pour découvrir les conditions d'un bonheur effectif.