La chronicité en psychiatrie aujourd'hui : historicité et institution

Aujourd'hui, la psychiatrie est invitée à résoudre de nombreuses missions portant
sur les difficultés psychiques rencontrées dans la relation humaine, mais
dans le même temps, elle est sommée de réduire ses dépenses, de se plier à la
hiérarchie hospitalière classique, et elle doit faire face à la disparition des psychiatres.
Prise dans un double discours, elle apparaît fragile et vulnérable, voire
condamnée à terme.
Dans ce contexte, les nombreux concepts qui ont présidé à la fondation de la
psychiatrie de secteur, dialectisée et fécondée par la psychothérapie institutionnelle
- notamment la nécessité d'organiser la continuité des soins, la réflexion
sur l'intérêt de la proximité des soignants et des patients, une éthique de l'accueil
et du soin de toutes les pathologies psychiatriques quels qu'en soient la
gravité, le milieu socio-économique et familial d'origine, les évolutions... - se
trouvent remis en cause par la nécessité faite aux soignants de choisir leur priorité
: prévention psychopathologique, prise en charge de patients présentant
une pathologie aiguë, patients demandant un investissement dans le long
terme.
Or il est bon de rappeler une des spécificités de la psychiatrie : «Les patients
présentant des problèmes psychiatriques nous attendent au tournant de la
durée.» En un mot, la chronicité est une des bases de la maladie mentale, et à
trop vouloir l'ignorer, des conséquences dramatiques vont en résulter. Ainsi,
pour parer à la désertification de la pensée psychiatrique par l'application
d'une méthode technocratique et déshumanisante à un domaine où, plus
qu'ailleurs, les citoyens et les professionnels doivent être garants de la subjectivité
et de la réhistoricisation des patients en déshérence, voici un ouvrage
engagé aux côtés des patients dits «chroniques» qui risquent d'être les oubliés
de la psychiatrie de demain.