Histoire & sociétés, n° 12. Professionnels de l'urbain ?

L'essor urbain consécutif aux révolutions industrielles
précipite une évolution que ce dossier se propose
de repérer. À la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, en effet, et au début du siècle
suivant, une rencontre s'opère entre des édiles chargés de
gérer la ville, son extension et ses maux, et de nouvelles
professions (techniciens, administrateurs, urbanistes) qui y
interviennent pour, souvent, l'aménager. Cette rencontre permet
de saisir la formation des «professionnels» de l'urbain, groupe
social hétérogène et multiple, que les contributions s'efforcent
de restituer tant dans leurs profils d'acteurs que dans leurs
pratiques de mise en ordre de la ville avec leurs outils.
Juliette Aubrun s'attache d'abord à brosser un portrait
comparatiste des édiles en France, en Angleterre et en Allemagne.
Elle montre comment les trois États renforcent
progressivement les pouvoirs mayoraux et contribuent ainsi
à la professionnalisation des édiles, que l'on repère notamment
par leur formation.
À partir de l'exposition de Nancy de 1913 sur l'aménagement
et l'extension des villes, Angelo Bertoni dissèque les
outils de l'intervention urbaine et les modalités de circulation
des idées et des exemples de planification urbaine.
Cristina Accornero lui répond à partir d'une analyse du
cas turinois, considéré comme un modèle de modernité urbaine
car un plan d'aménagement y est élaboré en 1906. Elle montre
alors comment s'opère une rencontre entre les pratiques
municipales et les savoirs élaborés par les sciences sociales.
Marie Charvet, par le portrait qu'elle dresse de Raoul de
Clermont, complexifie encore le tableau en montrant par quels
détours - la préservation des sites, les pratiques sportives ou
touristiques et la passion hygiéniste - des «gens du monde»
deviennent à leur tour des «professionnels» de l'urbain.