Contradictions, n° 132. Dynamiques, contradictions et crises du capitalisme, 1, mise en perspective

«Au XX<sup>ème</sup> siècle, le capitalisme n'est plus capable de résister aux tempêtes
des crises cycliques traditionnelles» écrivait Paul Mattick. La guerre de 1914-18
et le krach de 1929 sont les premières manifestations de cette instabilité foncière
d'un capitalisme arrivé à maturité. Elles ouvrent l'ère des crises majeures dans un
monde désormais dominé par le salariat. Avec le recul, les Trente glorieuses
(1945-75) apparaissent comme une parenthèse de prospérité dans un cours général
dont les Trente piteuses (1914-45) donnent la véritable mesure.
Crises, austérité, mondialisation, chômage, précarité, etc. Comment comprendre
ces phénomènes généralisés ? Pourquoi la dernière débâcle économique
est-elle comparable à celle de 1929, par bien des aspects ? Pourquoi une société à
ce point gorgée de richesses répand-elle autant de misère ? Pourquoi la course au
profit menace-t-elle la viabilité de la planète ? Ces questions nécessitent un cadre
d'analyse qui permette de comprendre les dynamiques et les contradictions du
capitalisme. On identifie ainsi deux écueils majeurs entre lesquels ce système
louvoie et qui se dressent aux deux étapes du circuit d'accumulation : la production,
avec les difficultés liées à la valorisation du capital, et la vente, avec la tendance
du système à comprimer ses propres débouchés.
Dès les années 1970, le retour des manifestations de l'obsolescence du capitalisme
vient balayer tous les modèles capitalistes de croissance qui avaient fleuri
de par le monde après la seconde guerre mondiale : stalinien à l'Est, keynésien à
l'Ouest et militaro-nationaliste dans le Tiers Monde. Ces modèles ont convergé
dans un capitalisme dérégulé qui manifeste à son tour son impuissance à dompter
les contradictions d'un système suranné.
Resituer le capitalisme dans l'histoire en rappelant que ce mode de production
est avant tout le produit d'un rapport entre classes sociales aux intérêts antagoniques,
tel est l'objet de cet essai. La perte de légitimité de ce système et
l'éclatement de prochaines crises encore plus graves n'impliquent donc en rien
l'inéluctabilité de son dépassement : seule l'intervention consciente d'un puissant
mouvement social peut y mettre fin et ouvrir la voie à une société libérée de l'exploitation
de l'homme par l'homme.