Nous irons pleurer sur vos ombres. Gouelit ma daoulagad

Un homme, au carrefour de l'Histoire, cette sorcière. L'histoire d'un
homme pris dans la Grande Guerre 1914-1918. On a coutume de dire que
le XX<sup>e</sup> siècle commence avec l'horreur de cette tragédie. Walter Benjamin
a dépeint avec justesse les dégâts qu'elle a causés sur les hommes revenus
du front : «Une génération [...] se retrouvait à découvert dans un paysage
où plus rien n'était reconnaissable, hormis les nuages et, au milieu, dans un
champ de forces traversé de tensions et d'explosions destructrices, le minuscule
et fragile corps humain». Petit homme perdu dans les décombres
de la civilisation, le silence de plomb au fond du coeur, le soldat est devenu
un «sans-voix». La guerre est innommable. L'expérience ne se communique
plus.
Et il y a ceux qui sont passés devant le Conseil de guerre et qui sont tombés
dans ce qu'Arendt nommait les «trappes d'oubli». Il faut aller chercher
l'ombre, au fin fond de cette trappe, et la raconter, la mettre en images, en
musique et en mots. Créer une identité narrative.
Ce livre est le prolongement naturel du spectacle musical que Yann-Fañch
Kemener a consacré à l'histoire de son grand-oncle mort abandonné en
1918, après avoir été incarcéré dans un bagne militaire. Raconter la vie de
quelqu'un, c'est toujours lui redonner une certaine dignité.
«Debout les morts !»