Jacques Laffitte : roi des banquiers et banquier des rois

Dans un monde où tous les banquiers sont ou ont été négociants et
appartiennent à des dynasties parfois fort anciennes, Jacques Laffitte
(1767-1844) fait figure d'outsider.
Fils d'un charpentier, il a certes bénéficié des bouleversements sociaux de
son époque : il est le premier commis de banque de l'Histoire à avoir
succédé directement à son patron, le célèbre Perregaux, tant à la tête de
son établissement qu'au Conseil de Régence de la Banque de France ;
mais - peut-être parce qu'aucune tradition ne l'entravait - il a su aussi
envisager de manière radicalement nouvelle le métier de banquier, et
proposer aux élites un regard insolemment novateur sur la gestion des
finances publiques.
Son engagement politique découle de son libéralisme, mais là encore il se
distingue : banquier de Napoléon qu'il n'aimait pas, opposé à Louis XVIII
qui l'avait pourtant nommé gouverneur de la Banque de France, il porta sur
le trône Louis-Philippe d'Orléans dont il devint très vite le plus farouche
adversaire.
Enfin, en 1837, à 70 ans, avec la création de sa Caisse Générale du
Commerce et de l'Industrie, il ouvrit la voie aux grands établissements de
crédit tels que nous les connaissons encore aujourd'hui.