Aldabra : la tortue qui aimait Shakespeare

«"Pourquoi es-tu nostalgique,
mamie ?" demandai-je en reprenant
la conversation de la veille.
Cette fois, elle réfléchit un
moment avant de répondre. Elle
lorgna de ses petits yeux scintillants
le tableau qu'elle avait
tout juste achevé.
"Aldabra me manque,
écrivit-elle en lettres énormes.
- Tu n'as jamais vu Aldabra. Je
parie que tu ignores même où
cette île se trouve.
- Où se trouve-t-elle ?
Tu le sais ?
- Dans l'océan Indien, répondis-je.
Comment peut-on éprouver
de la nostalgie pour un
endroit où l'on n'est jamais allé ?
- C'est comme ça", fut sa
seule réponse, accompagnée d'un
de ses profonds souffles marins.»
«L'astuce, pour tromper la mort, c'est
de se transformer».
Tels sont les mots de la surprenante
mamie Eia à sa petite-fille Élisa. Et
autant dire qu'ils ne sont pas à prendre
à la légère puisque Élisa, qui rend
chaque jour visite à son extravagante
grand-mère dans sa petite maison de la
Celestia, quartier ouvrier de Venise, va
devenir la spectatrice inquiète et émerveillée
d'une bien étrange métamorphose.
Ou comment une vieille dame passionnée
par le théâtre shakespearien se
glisse dans la peau d'une tortue géante
de l'archipel d'Aldabra, comment l'impensable
devient réalité grâce à l'amour
et l'imagination d'une jeune fille.