L'instrument dont jouait l'univers : biographie romancée de Gustav Mahler

Pourquoi écrire en 2016 un ouvrage sur Gustav Mahler ?
Les ouvrages biographiques, parus depuis des décennies, ne suffisent-ils pas à
quiconque voudrait obtenir des réponses ? Si bien sûr ! Des réponses scientifiques sur
des dates, des éléments historiques ou des témoignages. Mais qu'en est-il de la portée
spirituelle ? Car s'il existe un compositeur dans l'oeuvre duquel s'est déversée l'âme
toute entière, c'est bien Gustav Mahler. Pour embrasser son héritage, il nous faut donc
s'aventurer en lui, là où l'histoire ne peut que nous épauler, là où les mots laissent la
place aux simples émotions humaines qu'un homme peut imaginer pour un autre.
C'est bien là le choix qui a été fait. Proposer une approche nouvelle, à la fois rapide,
directe et immersive. Mahler la légende a évincé Mahler l'homme, le simple, le fragile.
Avant de devenir un héros de la musique, il a été Gustav. Simplement Gustav. Un petit
garçon rêveur et obstiné, malmené par la vie et qui s'est accroché à un idéal, un rêve
artistique par lequel il souhaitait ouvrir les portes de la vie éternelle.
Ecrire un livre en 2016 signifie donc vouloir se rapprocher le plus possible de ce petit
garçon, l'observer d'avantage encore que le géant qu'il allait devenir. Immerger le
lecteur dans son environnement direct, plus que dans le contexte historique de son
époque. C'est aussi chercher à répondre à des questions intimes. Comment Gustav
est-il devenu Mahler ? Comment l'un et l'autre ont-ils cohabité durant cette courte
vie ? Pourquoi sa musique nous fait-elle vibrer autant, nous parle tant, même lorsqu'il
l'a volontairement privée de mots ?
Pour répondre à ces questions, il faut plonger au plus près de lui. Ressentir ses émotions
de bambin, alors que le temps n'en finit pas de passer dans sa maison d'enfance où
le deuil et le chagrin sont rois. Il faut se laisser prendre avec lui dans la fièvre de son
adolescence où la misère et la frustration le harcèlent, ou encore gravir les marches
des maisons d'opéra, depuis un sombre et minuscule théâtre en bois dans le Tyrol,
jusqu'au Metropolitan Opera de New-York, en passant bien sûr par le prestigieux
Hofoper, l'Opéra de la cour de Vienne. Il faut aussi accepter ses faiblesses, ses colères
ou ses jugements hâtifs, car ce qu'il y a de plus magique chez un héros, c'est qu'il n'est
au départ qu'un simple être humain.