Descartes entre Foucault et Derrida : la folie dans la première méditation

Lorsque Descartes rencontre la folie au cours de la première de
ses Méditations , il ne semble pas faire grand cas des raisons de
douter qu'elle suggère et la rejette aussitôt avec emphase - «Mais
quoi ? ce sont des fous ; et je ne serais pas moins extravagant, si
je me réglais sur leurs exemples» - pour se tourner vers la voie,
plus commune, du rêve.
Dans sa thèse Histoire de la folie à l'âge classique (1961),
Michel Foucault interprète succinctement ce passage de Descartes
comme l'un des signes de l'avènement d'une ratio classique,
déterminée par l'exclusion de la folie et du fou. Ce commentaire
donne à Jacques Derrida la matière de sa conférence Cogito et
histoire de la folie (1963) dans laquelle il entend montrer que,
loin d'être préalablement rejetée, la folie traverse la première
méditation jusqu'à l'évidence du Cogito, qui s'y affronte et trouve
en elle la condition de sa possibilité.
Cet ouvrage se propose d'une part d'examiner les mécanismes
de ces lectures afin d'éclaircir le concept de folie au fondement du
débat et, d'autre part, de le confronter au corpus cartésien. Du
premier mouvement émergeront deux folies opposées mais non
cartésiennes et, du second, les présupposés communs aux
commentaires foucaldien et derridien qu'une relecture des
Méditations se doit de réinterroger.