Etudes de lettres, n° 1-2 (2007). Figures de l'oubli (IVe-XVIe siècle)

Interrogé dans les relations paradoxales qui le lient à la mémoire,
l'oubli suscite depuis bientôt dix ans les réflexions croisées des sciences
humaines et de la critique littéraire. S'inscrivant dans ce débat,
ce numéro propose pour la première fois un parcours à travers les
figures de l'oubli au Moyen Age, jusqu'à la première Renaissance.
Le domaine littéraire ainsi défini offre un champ de réflexion privilégié
dans lequel l'oubli est bien moins un objet de discours que l'enjeu
de fictions et d'exemples qui le donnent à penser et en exposent
les valeurs. Un mouvement se dessine, de l'oubli momentané de Dieu
dans l'oeuvre comme moyen d'exaltation de la mémoire à l'oubli des
autorités et du savoir comme condition nécessaire à la construction
de soi et au surgissement de l'écriture. Entre ces deux pôles, les figures
rencontrées au fil des textes, aussi singulières que variées, font de
l'oubli un facteur de renouvellement littéraire et témoignent d'un désir
de maîtrise : avec les recours qui sont les siens, la littérature tente de
s'approprier l'alternance fatale de la mémoire et de l'oubli pour en
tourner les règles à son avantage et convertir l'érosion temporelle en
un moteur de questionnement et de sens.