Sociologie des controverses scientifiques

L'étude des controverses scientifiques est un sujet privilégié de la
sociologie des sciences contemporaine. Deux raisons à cela : l'étude
des controverses brise l'image idéale d'une science consensuelle ; elle
se trouve au coeur du débat qui oppose aujourd'hui rationalisme et
relativisme. Si l'analyse des controverses scientifiques doit beaucoup
aux méthodes de la Sociology of Scientific Knowledge , d'obédience
relativiste, ce livre souhaite montrer - tant par la relecture de
controverses classiques que par l'analyse de controverses inédites -
que la sociologie des controverses peut très bien parvenir à des
résultats intéressants en s'inscrivant dans une perspective de
recherche néo-rationaliste.
Cette conclusion n'est pas le résultat d'une réflexion théorique
sur la sociologie des sciences actuelle. Elle résulte d'un examen
détaillé des arguments qui peuvent être avancés à partir d'études de
cas qui relèvent aussi bien de la biologie (la thèse des générations
spontanées, débattue entre Pasteur et Pouchet), des conceptions
médicales (le vitalisme de l'école de Montpellier opposé à la médecine
expérimentale des Parisiens) ou de l'optique (la question du
sens de propagation des rayons visuels, jadis discutée à Oxford).
D'une ancienne querelle médiévale à des controverses plus
récentes comme celle sur le réchauffement climatique, toutes ces
études suivent un même fil conducteur : interroger les rôles respectifs
de la rationalité du chercheur, des conventions sociales et des
croyances collectives dans la construction des connaissances scientifiques.
Le lecteur y trouvera en outre des éléments de réponse -
sociologiques et épistémologiques - à la question fondamentale :
pourquoi l'activité scientifique est-elle conflictuelle ?