Autre Sud, n° 28. Jean Pérol

«Si la poésie peut être un salut, à l'intérieur elle n'est pas un abri.
Outre qu'on y soit déjà le premier à s'y malmener, à s'y torturer,
à s'y accuser, ce qui est presque en soi l'exercice poétique à lui tout
seul, c'est aussi le lieu, la forêt profonde, où les flèches au curare
des collègues sifflent sans arrêt et veulent notre peau. Toutes les
pointes sont trempées dans des poisons rares. Les tireurs, tous
planqués dans les arbres du mépris. C'est très fatiguant. J'en profite
pour dire que je ne suis pas un poète du "je", du "sentiment". Je suis
un poète de tous les pronoms. J'ai écrit au "tu", au "il", au "nous",
et au neutre, au "on". J'écris autant "à la langue", qu'au sentiment.
Que les auteurs, les tueurs à la mode fassent bien attention : être
"critique", manipulateur de langue, ne suffit pas toujours en poésie ;
en poésie, et dans l'écriture tout court. Il y a des lois de langue qui
dépassent les plus habiles théories.»
Jean Pérol
«Chaque objet est une parole qui
n'est plus à dire, puisqu'il est. J'ai rêvé
d'un langage concret, une langue
de menuisier. Quels beaux meubles
dans la voix et volent les copeaux
de la parole ! J'ai rêvé de l'arbre universel,
le bois dont on fait l'amour.»
Jean Malrieu