Traduire-écrire : cultures, poétiques, anthropologie

Traduire-écrire
Cultures, poétiques, anthropologie
La traduction dite « littéraire » est l'espace d'un double travail,
celui des langues sur les littératures, celui des littératures
sur les langues. À l'âge de la mondialisation, et d'une emprise
économique et technique sans précédent, la tentative
indéfiniment recommencée entre le texte original et ses multiples
transferts ne peut plus se penser dans l'improbable périmètre
de son objet. Force née de l'hybridité de son faire, traduire-écrire
est un geste qui a le pouvoir, d'après Victor Hugo dans William
Shakespeare, de jeter « un pont entre les peuples » et de servir de
« passage des idées ». Ses enjeux ne sont pas seulement formels
mais également éthiques. En son instabilité créatrice, la traduction
relie étroitement la production de la valeur (la qualité artistique
des oeuvres) à la réinvention des valeurs dans l'espace collectif.
Échange et métissage, cette activité de décentrement y déploie
chaque fois une pensée spécifique de l'altérité et de la culture.
La tâche du traducteur apparaît ainsi inséparablement poétique
et politique.