La colère de Dieu : roman historique

Marseille, 1710. Un bruit inhabituel troubla le silence
du soir. L'esprit en alerte, Marie Bonnefoie s'immobilisa.
Elle jeta un regard inquiet autour d'elle. Seul
le vent agitait les genêts en fleurs, les touffes de thym
et de bruyère sauvage ; la brise un peu salée tourmentait
ses longs cheveux bruns qui flottaient dans l'air
tiède du soir.
Sa crainte lui parut stupide. Elle haussa les épaules.
Marie flânait sur la colline de la Garde jusqu'à la tombée
de la nuit, négligeant le danger auquel elle s'exposait
en se promenant seule en dehors de la ville.
Tous les habitants connaissaient l'insécurité des chemins.
Depuis quelques semaines sévissaient des voleurs
d'enfants. Pourquoi pas de jeunes filles ? Le port
aidant, les enlever loin de leur terre natale pour les
vendre comme esclaves à des marchands étrangers ne
présentait guère de difficultés.
Le paysage qui se dessinait en contrebas l'apaisait.
Elle contemplait la mer baignant les rives de
Marseille, elle observait le port, les bateaux et surtout,
elle y attendait son père, parti deux ans auparavant.