Philosophie, n° 104

Ce numéro s'ouvre avec la traduction d'une conférence, «Sur la théorie
platonicienne des Idées», prononcée par Paul Natorp à Berlin en 1913.
S'opposant fermement à une certaine vulgate alimentée par l'opposition aristotélicienne
entre logique et métaphysique, Natorp entreprend d'y exposer
à nouveau frais - «comme pour la toute première fois» - l'interprétation
révolutionnaire de l'idéalisme platonicien qu'il avait présentée dix ans plus
tôt dans son ouvrage magistral, La Théorie platonicienne des Idées (1903).
À la fois claire et concise, sa conférence invite à relire Platon d'un oeil neuf,
en voyant en lui non le père d'un dualisme métaphysique figé, mais
l'initiateur d'un idéalisme transcendantal de type kantien.
Dans «La constitution intersubjective de la personne», Philippe Cormier
s'interroge sur le statut philosophique de la notion de personne , dont
il retrace la généalogie. Il ne s'agit pas de récuser le concept de sujet, mais
de le repenser - dans le champ de la phénoménologie, mais aussi de la
psychanalyse - dans le sens d'une intersubjectivité constitutive , donc d'une
altérité transcendantale. La thèse soutenue par l'auteur est double. D'une
part, contre tout solipsisme, la relation à l'autre n'est pas un surcroît accidentel
advenant après coup en l' ego , mais est constitutive de la nature de
la personne (Fichte, Husserl). D'autre part, la finitude de la personne de
chair en implique le rapport à la personne-relation absolue qu'est le Christ
(Henry) ; l'effort philosophique pour élucider le statut de la personne
conduirait donc vers la théologie.
Dans «Patocka et le phénomène de la vie post mortem », Philippe Merlier
se pose la question suivante : peut-on décrire le phénomène de la survivance
en nous du proche défunt ? Partant d'un manuscrit de Patocka sur
la phénoménologie de la vie après la mort, il s'interroge ainsi sur le paradoxal
mode d'être phénoménologique des morts dans l'espace intersubjectif
de l'être-pour-autrui. Il tente de saisir le sens de l' entre nous qui apparaît
dans les divers modes du souci de la mort d'autrui - deuil et sacrifice.
La question des noms propres est redevenue d'actualité grâce à
l'ouvrage de Sainsbury intitulé Reference without Referents , paru en 2005.
Sainsbury y soutient la thèse selon laquelle la sémantique des noms propres
doit être indépendante de la question factuelle de l'existence ou non d'un
référent. Cette position de bon sens rouvre la question de la nature du sens
des noms propres, en tant que distinct de leur référent, et tranche avec la
théorie devenue aujourd'hui dominante - à savoir celle de la référence
directe. L'article de François Rivenc «Les noms propres, encore une fois»
poursuit dans cette direction, en suggérant que certains noms propres, étant
lexicalisés, tombent sous le coup d'une analyse sémantique lexicale au même
titre que d'autres éléments linguistiques.
D. P.