Les bateaux de papier

Selon sa cousine Odile, avec qui elle avait particulièrement d'affinités :
« Florence était un être à part. Tantôt si joyeuse, fougueuse, pleine de sourires,
de tendresse et d'amour, tantôt si loin, à des kilomètres, perdue dans un
univers de mélancolie, de grisaille et de détresse, un mystère à elle toute seule,
une poétesse dramatique que l'on avait envie d'épauler tout en ayant peur de se
perdre soi-même, une poupée russe dont les personnalités multiples pouvaient
déstabiliser, mais qui ne formaient qu'un être unique, fragile et exceptionnel. »
« Le voyage fut long. Il dura quatre jours. Yvonne avait l'impression qu'elle
avait quitté Paris depuis des semaines. Des noms de villes défilaient sous ses
yeux à la fois inquiets et impatients : Zagreb, Mostar, Skopje, Salonique. Et puis,
majestueuse, souriante, calme, apparaissant comme la terre promise, la mer, d'un
bleu vif et immuable, prête à recevoir dans son immensité les rayons ardents des
premiers soleils, s'enroulait autour des côtes dentelées de la Grèce, dont elle
s'était fait un empire. Portant en elle toute la fatalité et la grandeur des figures
mythologiques qu'elle ensevelissait, elle semblait saluer Yvonne et lui ouvrir le
chemin qui menait à la ville reine. »
Extrait du livre
« Je ne connaissais pas Florence Ride, ce qui est sûrement la meilleure position
pour pouvoir affirmer que ses pages sont de la vie. Ses personnages des
Bateaux de papier , oui, attachants, différents, tendres et passagers d'une espèce
de folie douce, d'un orientalisme si parisien, si littéraire.
Mais surtout, dans ces pages, cette gourmandise délicieuse qui donne aux
livres éparpillés une fragrance, qui donne à la lumière des jardins une sorte de
contre-jour à la Bonnard, à la Vuillard ou à la Valloton, qui fait que l'on a envie
de traîner l'ennui des hommes dans les cafés grecs, de partager les gestes des
femmes et leur lenteur sous la chair des maisons. »