Mémoires sur le règne de Napoléon III 1851-1864

Aucun règne n'a suscité autant de Mémoires que le
Second Empire. Or, parmi les nombreux témoins de
cette époque trop longtemps négligée, le comte Horace
de Viel Castel (1802-1864) occupe une place à part.
Secrétaire général du Louvre et bras droit de
Nieuwerkerke, le surintendant des Beaux-Arts, il est
installé au coeur même du «nouveau monde» impérial
et l'observe avec la morgue du vieil aristocrate
légitimiste que l'Histoire a laissé au bord de la route,
mais qu'il rejoint par l'écriture. La publication de ses
souvenirs, près de vingt ans après sa mort, suscita un
véritable scandale.
En effet, les portraits que fait Viel Castel de la
famille impériale et des principaux acteurs politiques
de l'époque sont au vitriol, à commencer par celui
de Napoléon III. Mais il n'épargne pas sa propre caste :
«La vieille aristocratie achève de mourir dans les
bordels, la nouvelle suit son exemple.» Avec une
ironie cinglante, il fustige la course aux places et
aux décorations et dénonce le caractère «parvenu»
des serviteurs du nouveau régime : «L'Empereur, au
milieu de sa cour, de ses ministres, de ses conseils, de
son Sénat, est comme un diamant tombé sur un étron.»
Rien n'arrête Viel Castel, dont le surnom,
«Fiel Castel», dit assez le goût pour les indiscrétions.
Intrigues politiques, affaires financières, moeurs
particulières des uns et des autres : le tableau qu'il brosse
de la société de son temps est digne de Saint-Simon.
Ses Mémoires sont le complément indispensable du
Journal des Goncourt.
Robert Kopp