Calamity Gab : journal janvier 1985-avril 1986

Moi, je resterai dans son souvenir comme une folie absolue, un
amour-passion, une nostalgie. Ce n'est déjà pas si mal, quand on
sait que la plupart des femmes n'ont aucun souvenir de cet ordre,
qu'elles n'aiment pas les souvenirs, qu'elles n'ont ni le goût de leur
passé, ni le goût de leur destin, ni - je ne sais plus ce que je voulais
écrire, c'était assurément génial, mais je ne sais plus. La vérité est
que je suis à moitié paf : le morgon, puis, après le morgon, un merveilleux
porto de dix ans d'âge avec le roquefort, et, avant le morgon,
une flûte de champagne offerte par le patron, bref, je suis
Pafouze («Vous êtes pafouze», me dirait Marie-Élisabeth, c'est
un de ses mots), je ne peux plus écrire, tant pis pour mes précieuses
pensées dont la postérité est gourmande, tant pis pour la postérité !
G. M.