Philosophie, n° 59. L'objet musical et l'universel

L'intention qui préside à l'élaboration de ce numéro est la
possibilité de donner une définition universelle de l'objet
musical. Cette définition peut-elle transcender les différences
historiques, culturelles ou anthropologiques de la musique ?
Un tel questionnement ne semblait présenter d'intérêt qu'à
éviter de rechercher l'universel dans une métaphysique de la
musique. Aussi a-t-on exclu les enquêtes où la musique apparaissait
comme l' expression des figures de l'universalité, ou la
participation à ce que nul langage ne saurait dire. La musique
n'est pas ici l'art privilégié d'une universalité métaphysique,
le symbole sans chiffre des limites de la philosophie, mais un
objet culturel dont la philosophie questionne les invariants.
Comme sa détermination suppose de passer par la médiation
des singularités historiques, on s'est intéressé aux
approches concrètes et savantes de la musique.
Philosophie a tenu à interroger des spécialistes de musicologie
et des philosophes. Peut-on parvenir à une position synthétique
sur la nature de la musique (E. Fubini) ? Quels sont
les invariants structurels que permet de dégager une psychologie
de la musique (L.B. Meyer) ? Peut-on donner une définition
philosophique de la notion de forme musicale (B.
Sève) ? Est-il possible de trouver dans ce concept grec d'harmonie
un modèle originel et universel susceptible d'éclairer
les formulations contemporaines du problème de l'harmonie
(A.G. Wersinger) ? Ces approches philosophiques de la
musique répondent à la double exigence de rechercher son
universalité sans négliger sa singularité.
Le numéro s'ouvre sur la lettre de Leibniz à Goldbach du
17 avril 1712 et sur la réponse de ce dernier. L'ensemble est
traduit et présenté par F. de Buzon.
Dominique Pradelle et Martin Rueff