Quand les enfants du peuple avaient leur école : de Guizot à Berthoin, la promotion des classes modestes par les écoles primaires supérieures et les cours complémentaires : l'exemple du département de la Manche

Ce livre, au titre si évocateur, se propose d'explorer un
aspect fort méconnu, et pourtant si original, du système
éducatif français. Après la «communale» généralisée
dans les villages, certificat d'études en poche ou non, peu
de choix s'offraient : dans les campagnes, on aidait aux
travaux des champs, à la ville, on gagnait le chemin de
l'usine. Les plus érudits pouvaient éventuellement accéder
au lycée mais il faut bien avouer que «poursuivre ses
études» était avant tout réservé à une élite, fils ou filles
de familles nanties.
Les écoles primaires supérieures instituées par la loi
Guizot de 1833, puis la multiplication des cours complémentaires,
ont conduit à démocratiser les études supérieures
et ont permis aux classes les plus modestes, aux
enfants du peuple, d'accéder à des métiers jusqu'alors réservés
aux enfants de riches. Écoles primaires supérieures
et cours complémentaires ont formé de nombreux élèves,
filles et garçons. Beaucoup en ont gardé des souvenirs
émus.
L'ouvrage est richement illustré : photos anciennes,
documents d'archives, tableaux récapitulatifs, graphiques,
témoignages... Il se laisse feuilleter comme une
sorte d'album de famille.
Plusieurs entrées sont alors possibles, chacune des parties
pouvant être lue indépendamment des autres. Ainsi,
la première partie explore la situation privilégiée du département
de la Manche au regard du développement de
l'école primaire ; la deuxième partie présente une vision
chronologique de la mise en oeuvre de cet enseignement
si particulier à la fois primaire et supérieur, des premières
écoles primaires supérieures créées à partir de 1834 à
Saint-Lô, Avranches, Cherbourg, Coutances, Granville
et Valognes jusqu'à la fin des cours complémentaires des
années 60 et l'avènement du collège unique ; la troisième
partie, toujours ponctuée d'illustrations, retrace, au fil
des témoignages et documents d'archives, le fonctionnement
de l'enseignement primaire supérieur pour en
mieux souligner la spécificité ; enfin, une dernière partie,
présentée sous forme de notices, propose un descriptif
d'un certain nombre d'établissements, écoles primaires
supérieures ou cours complémentaires, de la Manche, de
filles et de garçons, parmi les plus représentatifs.
Ce livre, tant par la richesse et la précision de la documentation
que par l'abondance iconographique, est aussi
utile qu'essentiel à la compréhension des incessants débats
autour du principe de collège unique et, plus généralement,
de la situation de ce qui est convenu d'appeler
l'école moyenne.