Regard persan

«Toute ma vie, j'ai cherché à me fuir : oublier
mon enfance, mon pays, mon père. Je suis allée
jusqu'à changer de prénom. Sara. Deux syllabes
faciles à retenir n'importe où, par n'importe qui. Je
jouais à être quelqu'un d'autre. Mais ma comédie
sonnait faux. À trop vouloir imiter la démarche des
autres, j'avais perdu la mienne. Aujourd'hui, je sais
que le passé ne passe pas.»
Sara retourne en Iran, qu'elle a quitté depuis
vingt-sept ans. Le monde cosmopolite de son
enfance a disparu. Elle découvre une société
schizophrène qui vacille de l'apparent au caché,
du «dehors hostile» au «dedans» où l'on brave
tous les interdits. Plus elle côtoie ses compatriotes et
plus ils lui paraissent insaisissables. Sous les voiles,
les femmes se fardent, critiquent, résistent. La
dissimulation est devenue leur seconde nature.
«Comment peut-on être Persan ?» se demande Sara.
Étrangère chez elle, Sara déchiffre l'Iran,
royaume de l'ambiguïté, en même temps qu'elle
explore son passé ressuscité. Un père qu'elle
espérait avoir oublié, un frère dont elle reconnaît à
peine le visage, la maison de son enfance transformée
en école de la République islamique...
Récit des origines autant que vagabondage
dans l'Iran d'Ahmadinejad, de Téhéran à
Ispahan, ce premier livre à la fois mélancolique
et drôle est une naissance. À soi.