Journal intime : 1894-1895

En 1894, Tinan vient d'avoir vingt ans et déjà il fait preuve d'une extraordinaire
maîtrise du style. Dans ce document inédit, il consigne au jour le jour ses états
d'âme, ses épanchements, ses rencontres littéraires ou sentimentales. Avec un
rare talent de dilettante, il fait défiler devant nous toute une galerie de jeunes
filles ou femmes assez dissemblables, exprimant chacune une pulsion de son
caractère : Édith, l'amour sentimental ; Bessie, la pure sensualité charnelle ;
Marie Sienkeiwicz, la simple attraction ; Blanche-Marcelle et Dora, la sexualité
mêlée à la sentimentalité ; Phanette, le sexe et l'intellect ; Marguerite, le béguin
de la femme mariée, plus quelques passantes aperçues de loin, comme une
certaine Juliette d'Ermonville. De temps en temps, on voit l'écrivain s'éprendre
d'un tendre intérêt pour de petites filles, qui incarnent à ses yeux une féminité
chimérique, affranchie de toute sexualité. Par ailleurs, il fréquente certains salons,
rencontre des écrivains et des artistes : Péladan, Gide, Debussy, Mallarmé, Rops,
et noue deux grandes amitiés avec Pierre Louÿs et André Lebey.
Tinan n'aura que trois années à vivre après la rédaction de cette partie du
Journal. La seconde partie est inaccessible, si elle n'a pas été détruite ou
perdue...