Hitler et le putsch de la brasserie : Munich, 8-9 novembre 1923

Le 8 novembre 1923, Hitler déclenche à Munich un putsch qui, bien
que s'étant le lendemain soldé par un fiasco, va énormément compter dans
l'histoire ultérieure du mouvement nazi. Dans son étude, Didier Chauvet
revient dans un premier temps sur les tentatives de sédition qui ponctuèrent
les cinq premières années de la République de Weimar ; il explique
notamment comment, suite à la faillite du putsch de Kapp en Prusse, la
Bavière devint à partir de l'été 1920 un lieu de concentration des forces
d'extrême droite. Puis, par un récit solidement documenté et bien mené,
l'auteur restitue le scénario du coup de force de la brasserie ; au fil des pages,
on ne peut qu'être stupéfié du manque d'organisation de ses protagonistes :
une telle improvisation ne pouvait décidément se terminer autrement que
par la débâcle de la Feldherrnhalle. Enfin, Didier Chauvet traite du procès
des putschistes en s'appuyant sur les déclarations et réactions auxquelles
il donna lieu : au terme de multiples arguties juridiques, Hitler, loin
d'être brisé, va quitter le tribunal grandi et désormais célèbre dans toute
l'Allemagne. Durant sa détention à Landsberg, il tire les leçons de son
échec : c'est par la voie des urnes qu'il faudra s'imposer pour conquérir le
pouvoir ; autrement dit par une propagande omniprésente qui, par-delà le
programme démagogique de Mein Kampf , nécessitera le soutien financier
et logistique des classes possédantes. La conséquence majeure du ratage
de novembre 1923 fut la révision de la stratégie politique du Führer qui
dès lors induit l'élimination de l'aile social-révolutionnaire de la NSDAP
représentée par les frères Strasser, Röhm et les SA.
Thierry Feral