Cosmopolitiques, n° 6. Faut-il croire ?

Le monde moderne a dévalué toutes les formes de
savoirs non scientifiques en les rabaissant au rang de
«croyances». Mais aujourd'hui, notre espace public
n'est-il pas (re)envahi justement par ces croyances ?
Les controverses techniques et scientifiques sont
l'occasion d'accusation de croyances nécessairement
anti-rationnelles ou traditionnelles. Les changements
environnementaux catastrophiques qui s'annoncent
ne sont pas «crus» alors même qu'ils sont sus. Sans
oublier bien sûr les débats autour de la pratique de
l'islam, qui ne «sait» pas masquer ses croyances dans
la sphère privée.
Les auteurs de cet ouvrage, à partir de leurs observations
et de leurs expériences personnelles, montrent
à ce sujet comment les débats récents sur la laïcité ont
été brutalement recodés en termes voile/non voile
pour devenir insolubles : le statut des femmes, le statut
des populations issues de l'immigration, les relations
de génération à l'école et dans les quartiers ou encore
le statut des pratiques religieuses. Mais faudrait-il
alors définitivement suivre le programme moderne de
guerre aux croyances ?
Le parti pris de cet ouvrage est de proposer qu'au
contraire, nous devrions vivre avec nos croyances, en
cessant de les attribuer toujours au plus faible, à
l'arriéré, au dominé... ce pour disqualifier ses arguments.
Reconnaissons que, dans notre vie ordinaire
comme dans la vie religieuse, nous pouvons admettre
plusieurs faces au même phénomène : c'est à cette
condition seulement que nous pouvons avoir une vraie
politique d'exploration commune, de débat démocratique
sans a priori scientiste ni dogmatisme religieux.