Les marchés de brevets dans l'économie de la connaissance

L'économie de la connaissance connaît aujourd'hui des évolutions marquantes.
On constate en effet, depuis les trois dernières décennies, une croissance
exponentielle des échanges de brevets sous la forme de transactions
marchandes : les contrats de licence se multiplient, des places de marché
intermédiées émergent et des enchères de brevets ont même vu le jour.
L'enjeu de ces évolutions est une circulation facilitée des technologies, source
de gains de productivité dans l'économie en général, et dans les activités
d'invention en particulier. D'un côté, la diffusion plus large des savoirs permet
aux entreprises de mettre en oeuvre des technologies plus efficientes ; de
l'autre, elle permet une division plus approfondie du travail de recherche,
un accès facilité aux sources de la connaissance permettant la pratique de
modes d'innovation «ouverts», et l'apparition de modes de financement
nouveaux pour les investissements en recherche. Il est donc probable que les
marchés de brevets soient amenés à peser de plus en plus dans l'allocation de
la technologie au niveau mondial.
Mais les difficultés auxquelles se heurte le développement de ces marchés
sont significatives. Comment estimer la valeur des brevets, donc le prix des
transactions ? Comment assurer un appariement des offres et des demandes,
qui sont toutes extrêmement spécifiques ? Comment amener à une révélation
de l'information de la part des vendeurs comme des acheteurs, condition
nécessaire pour que les contrats soient possibles ?
En termes de politiques publiques les défis sont aussi multiples. Comment
optimiser la valorisation de la recherche publique dans ce nouveau contexte ?
Comment assurer que les marchés se développent de façon concurrentielle
et ne résultent pas dans l'émergence de monopoles mondiaux du savoir ?
Comment empêcher que ces marchés servent de levier à des acteurs spécialisés
dans l'extorsion de rentes à l'aide de brevets de validité douteuse ?
Partant de ce questionnement, Dominique Guellec, Thierry Madiès et Jean-Claude
Prager proposent dans ce rapport un ensemble de mesures visant à
orienter l'action publique. Ils recommandent notamment le renforcement de la
qualité juridique des brevets, le développement de la formation d'intermédiaires
experts en propriété intellectuelle, ou encore l'expérimentation de places
d'enchères de brevets.