Hans mon hérisson

Hans mon hérisson

Hans mon hérisson
Éditeur: le Capucin
200519 pagesISBN 9782913493872
Format: BrochéLangue : Français

Dans l'énorme, patiente et laborieuse entreprise de

leur vie de savants, qui abolit chez les frères Grimm

toute autre forme d'existence [...] la publication,

en 1812, de leur recueil de contes populaires ne

représentait pas grand-chose, à l'origine, et n'avait

guère d'importance à leurs yeux. [...] Ce fut pourtant

cet incident mineur de leur carrière d'érudits

qui leur valut, comme par un coup de baguette magique, le succès immédiat

et une gloire prolongée bien au-delà des frontières allemandes [...].

«Leur existence seule suffit à les défendre, écrit Guillaume Grimm

au sujet des contes. Une chose qui a, d'une façon si diverse et toujours renouvelée,

charmé, instruit, ému les hommes, porte en soi sa raison d'être nécessaire

et vient nécessairement de cette source éternelle où baigne toute vie.

Ce n'est peut-être qu'une petite goutte de rosée retenue au creux d'une

feuille, mais cette goutte étincelle des feux de la première aurore.»

[...] Si les générations, de siècle en siècle, se sont transmis sans défaillance

et comme un legs universel le patrimoine de ces Contes, c'est qu'il y avait en

eux une respiration éternellement véritable et qui donnait du souffle, une

sagesse qui se posait d'emblée, et sans même qu'elle le sût, dans l'innocence

des âmes : une expérience préalable que rien ne pourra remplacer. Parmi les

ogres terrifiants, chez les géants épouvantables, auprès des nains malicieux,

devant ces fées dont on ne sait pas trop si elles sont bonnes ou mauvaises,

à l'écoute d'une nature où tout est encore vivant, où les pierres, les plantes, les

animaux domestiques ou sauvages retrouvent leur vérité et dialoguent avec

les hommes comme ils l'ont toujours fait dans les mythes qui nous parlent de

l'âge d'or, en présence des bons et des mauvais sentiments qui s'empoignent

et s'entre-déchirent, devant les triomphes enfin, d'autant plus souverains que

la démarche qui y conduit est irrationnelle, [...] un enfant [...] recevait sa

leçon de vie, entrait dans le drame par tous ses pores, goûtait le charme

jusque dans le battement secret de son sang. Et quel plus délicieux apprentissage

que son refuge dans l'amour au moment des pires effrois ?

Armel Guerne

Extrait de la préface à l'édition de 1967

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