As-tu déjà oublié ? : chansons pour guitare électrique

La qualité la plus étonnante de ces textes - étonnante parce que
apparemment contradictoire avec le rock, le punk, la jeunesse, la révolte,
toutes choses théoriquement excessives et débraillées - c'est la tenue
générale et constante. Le sens, sinon des limites, du moins des proportions.
Un quant-à-soi, une réserve, qu'on indexera, encore et à tort ou à raison, au
bridé des paupières. Une rigueur toute classique, toute française , comme
dans les jardins du même nom. Lisez, vous verrez : pour l'essentiel, c'est
«oral» comme registre, mais écrit en français. Pas en verlan pour le verlan.
C'est écrit en français, justement pour se garder de la franchouillardise.
Reflet probable de la propre frugalité de Tai-Luc, l'évocation pourtant libre
et joyeuse de diverses tentations ne verse jamais dans le paillard foutraque,
la gaudriole ou la chanson à boire.
Et c'est en fait, ici comme toujours, ce qui distingue les grands
artistes des autres : ce qu'ils n'écrivent pas, ce qu'ils ne jouent pas, plus
encore que ce qu'on connaît d'eux. Ce qu'ils savent retenir et repousser, plus
encore que ce qu'ils laissent passer. Bien plus que dans leur répertoire
connu, leur différence se niche dans ce dont ils ont su nous dispenser.
Laurent Chalumeau