Au paradis, il y a une planchette... : les prières de l'oralité traditionnelle

Au début du XIXe siècle, se transmettaient encore dans les campagnes françaises d'anciennes
prières en patois que les paysans récitaient le matin en ouvrant les yeux, le soir en les fermant,
lorsqu'ils prenaient de l'eau bénite, passaient devant une croix, entraient au cimetière, à chaque
moment du rituel à l'église, et pour certaines d'entre elles, jusqu'à trois fois par jour, dans le souci
de gagner le paradis à la fin de leur vie.
Genre méconnu de l'oralité traditionnelle, proscrites par l'église, ces oraisons qui nous sont
parvenues grâce aux recueils ethnographiques, ne sont pas la traduction vernaculaire des prières
liturgiques, pas plus qu'elles ne dérivent des prières savantes du Moyen Age : ne ressemblant à
rien d'autres qu'à elles-mêmes, belles et étranges, touchantes souvent, elles sont l'expression
d'une dévotion populaire qui s'incarne dans une vision du monde, dans un système de pratiques
et de représentations propres aux sociétés villageoises françaises des XVIIIe et XIXe siècles.
Pour la première fois, leur est consacré un recueil précédé d'une étude d'ensemble, qui autorisé
des comparaisons régions par régions et resitue ces textes dans la culture ou ils prenaient sens.
Au carrefour de l'anthropologie religieuse, de la philologie et de l'ethnolinguistique, l'ouvrage est
une contribution à l'étude de la sensibilité et de l'imaginaire religieux populaires ainsi qu'à la
connaissance des formes et du fonctionnement de la littérature orale du domaine français.