Vivre à Tananarive : géographie du changement dans la capitale malgache

A Madagascar, comme dans d'autres pays d'Afrique ou d'Asie
même très ruraux, c'est bien la ville qui se trouve au coeur des changements
rapides des sociétés et des espaces. Capitale politique et économique
de la Grande Ile, Tananarive est ainsi devenue un lieu de modernisation
sociale et de dynamisme culturel de premier ordre. Bien loin
d'être à l'écart de la mondialisation, comme on le lit encore trop souvent
à propos des grandes villes des pays pauvres, Tananarive illustre
bien l'impact de ce processus sur les territoires urbains.
Tananarive n'est pas pour autant une ville neuve ni même une création
coloniale. Il s'agit de la très ancienne capitale des rois Merina, dont
le paysage urbain original rappelle les origines asiatiques du peuplement
insulaire. Cité royale et sacrée située au coeur d'une opulente
plaine rizicole, reflet d'un pouvoir centralisé, Tananarive ne pouvait que
devenir le symbole de l'identité merina.
Or cette Tananarive mythique a été altérée par les métamorphoses
qu'a connues la ville depuis le XIX<sup>e</sup> siècle. Le livre explore ces mutations
douloureusement vécues. Se dessine alors une identité citadine
inquiète, marquée par l'exacerbation des tensions dans une société
anciennement cloisonnée et hiérarchisée en groupes statutaires semblables
à des castes, et qui porte l'empreinte de crispations croissantes.
Ce livre constitue avant tout un tableau actuel et vivant de la vie
quotidienne des Tananariviens, de la ville aux quartiers, de la rue à la
maison. A travers les nombreux témoignages des habitants, c'est le
foisonnement de la vie urbaine qui surgit : travail, loisirs, fêtes...
Au-delà de cette géographie du quotidien, c'est aussi la question du
vivre ensemble qui est posée. Alors que la majorité de la population
mondiale est désormais urbaine et que la majorité de ces citadins
se trouve déjà dans les pays en développement, la ville doit-elle
apparaître comme l'espace de l'intégration sociale ou comme celui du
cloisonnement, de la fragmentation et de l'exclusion ?