Le roman antillais, personnages, espace et histoire : fils du chaos

Quelles relations les personnages du roman antillais entretiennent-ils
avec leur île ? Comment s'inscrivent-ils dans cet espace
imposé à leurs ancêtres dans la douleur de la traite négrière et de
l'esclavage ? Leur histoire, inaugurée par la violence, comment
l'appréhendent-ils ? Pour la première fois, une étude critique,
menée sur une vingtaine d'oeuvres, montre que ces interrogations
qui dépassent les problématiques de la Négritude, de l'Antillanité et
de la Créolité constituent des préoccupations majeures de la création
romanesque antillaise depuis plus d'un demi-siècle.
A l'origine de cette communauté, un cataclysme anthropologique,
produit par une rencontre inégalitaire des diverses cultures
du monde dont la brutalité a brouillé le rapport essentiel au lieu et
à l'histoire. De Diab-là de Zobel au Quatrième siècle de Glissant
ou à L'espace vieil homme et le molosse de Chamoiseau, le roman
travaille à leur réappropriation par les personnages. Problématique
au départ, l'espace devient emblématique de l'identité. Et dans la
mesure où, aux Antilles, histoires individuelle et collective sont
indissociables, en pallier les incohérences est un autre enjeu du discours
romanesque.
Par une écriture métaphorique et symbolique, les romanciers
dépassent le choc originel. Ils révèlent l'inépuisable source d'enrichissement
de leur filiation au chaos fondateur qui a fait de leur
univers un véritable ferment de l'universel. Ils attestent alors d'un
mode d'être au monde dynamique, signe de l'originalité de leur
société et de sa modernité.