Les veuves du jeudi

Au-delà des grillages et des barrières de sécurité se
cache un écrin de verdure à la périphérie de Buenos
Aires ; un havre de paix pour " gentlemen , à l'abri du
tumulte d'une capitale grouillante et tentaculaire. Ici,
on est entre gens de bonne compagnie.
Une poignée d'amis se réunissent chaque semaine,
loin des regards, pour discuter entre hommes. Les
épouses, exclues de ces soirées, s'appellent avec
humour "les veuves du jeudi". Un veuvage somme
toute agréable, jusqu'à ce funeste jour de la fin septembre
2001 où la plaisanterie s'avère prémonitoire :
les hommes sont retrouvés électrocutés au fond d'une
piscine. L'attitude du seul rescapé laisse à penser que
ce pourrait ne pas être le tragique accident qu'il y paraît.
Derrière les façades clinquantes on découvre les
grands secrets et les petites misères de ces nantis. Le
regard est ici sans complaisance sur une société hypocrite
et ostentatoire, dénuée de scrupules, tandis
qu'approche l'effroyable crise économique qui a mis
l'Argentine à terre. Déliquescence, chute annoncée
d'une bourgeoisie affairiste, à mesure que la situation
économique se dégrade croît l'impérieuse nécessité
de nier l'évidence, de maintenir à toute force ce standing
garant d'un certain statut social. Jusqu'à choisir
l'impensable pour préserver les siens, les mettre définitivement
à l'abri, tant du besoin que de la médiocrité
de la plèbe.