
«Dans l'imaginaire commun, la terre guyanaise s'était vue phagocytée par
la représentation du bagne. Jusqu'en 1946, et même au-delà, dire "Guyane
française" c'était dire tout bonnement : "bagne".
En plongeant dans les histoires du bagne, j'ai trouvé tous les héroïsmes, toutes
les dignités, toutes les ferveurs, mais aussi toutes les inhumanités, les dénis
agresseurs, le comble des souffrances et des indignités, l'absolu des courages
et des faiblesses, un concentré hallucinant de ce qui fait l'homme : déflagrations
d'ombres et de lumières, de lumières dans l'ombre et d'ombres qui éclairent.
Le tout aurait pu à jamais s'effacer. Mais la mémoire des hommes qui étaient
passés là, qui avaient souffert là, s'est mystérieusement maintenue. Des usures
de cet affrontement est né le plus étonnant des patrimoines de l'humanité...»
Patrick Chamoiseau