Guillaume Tell : tragédie

Guillaume Tell : tragédie

Guillaume Tell : tragédie
2005198 pagesISBN 9782868478870
Format: BrochéLangue : Français

A L'histoire du théâtre ne retient que deux Guillaume

Tell : le drame de Schiller publié en 1804, et l'opéra

de Rossini créé à Paris en 1829. La figure de ce pâtre

exotique, habile arbalétrier et bon père de famille,

révolté contre son tyran, est en fait issue d'une légende

islandaise transposée en Suisse au XIV<sup>e</sup> siècle. Et le

premier Guillaume Tell écrit pour la scène et joué dans

un théâtre est une tragédie française dont la carrière

s'étend sur la seconde moitié du XVIII<sup>e</sup> siècle et au-delà

de la Révolution. Lorsqu'elle en fait mention, la tradition

littéraire réduit souvent la pièce d'Antoine-Marin

Lemierre (1723-1793) à une anecdote révélatrice de la

scène dramatique à cette époque. Demi-échec à sa

création dans l'hiver 1766-1767, la tragédie connaît un

grand succès à l'occasion d'une reprise, en 1786, qui

transpose sur scène, avec accessoires, pantomime et

dialogue idoines l'épisode central de l'épreuve de la

pomme, dérobé jusqu'alors au regard du spectateur

selon la règle tragique. Ainsi Guillaume Tell prodigue

l'exemple d'une esthétique tragique nouvelle, composée

d'actions réalisées dans des tableaux dramatiques et de

décorations pittoresques spectaculaires.

À la même époque, le drame bourgeois s'éloigne des

lieux historiques pour imiter les «infortunes réelles et

présentes de nos semblables» (L.-S. Mercier). Quant à

l'opéra, il montre depuis le XVII<sup>e</sup> siècle un luxe décoratif

souvent sans rapport avec les sujets. Lemierre aura été

l'un des dramaturges qui ont proposé une nouvelle

forme de tragédie, estimant que l'art dramatique n'avait

pas encore donné tout son effet. L'originalité du sujet

historique de Guillaume Tell se prête idéalement à l'expérimentation

de toutes les audaces pittoresques et poétiques

de leur auteur. L'invention du décor devient une

partie fondamentale de la création poétique : il expose

le milieu historique et réalise le caractère pathétique de

l'action représentée. L'art du spectacle tragique est alors

un genre esthétique, plutôt que régulier et noble, mais

toujours moral. Sous la beauté plastique du théâtre, il

rend aussi sensibles certaines idées politiques et

sociales. Tableau livré à la nation, la tragédie incarne

alors l'histoire. Elle instruit le peuple sur ses droits,

grâce aux sensations vives et émouvantes que provoque

une histoire en action ou, peut-être, en marche.

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