Le savoir vagabond : histoire de l'enseignement de la médecine

Au début, l'enseignement de l'art de guérir s'est transmis par
compagnonnage, sans livres, à la façon dont le centaure Chiron aurait
éduqué le demi-dieu Asclépios, par «la parole, le couteau et les
herbes». Les médecins grecs, les Asclépiades, formaient ainsi leurs
élèves au chevet des patients. Au IV<sup>e</sup> siècle avant notre ère, Hippocrate
de Cos débarrasse la médecine de ses oripeaux de religion et de magie,
en postulant que les maladies ont des causes naturelles. C'est à cette
époque que les premières écoles de médecine apparaissent sur le
pourtour méditerranéen. Dès lors, le savoir médical va vagabonder
selon les vicissitudes des temps. On le verra prospérer, puis s'éteindre
dans de nombreux foyers de lumière, à Alexandrie, à Gundishapur, à
Bagdad, au Caire, à Kairouan, à Cordoue... L'héritage de la médecine
grecque est transmis aux Perses, puis aux Arabes qui ont su le préserver.
En Occident, l'enseignement médical connaît un long sommeil
dans le haut Moyen Âge, quand la médecine n'est plus exercée que
par les moines bénédictins durant près de sept siècles. Renaissant en
Occident à Salerne, le savoir médical connaît un renouveau lors de la
création des universités, à partir du XIII<sup>e</sup> siècle, à Bologne, Montpellier,
Paris et Padoue. À la Renaissance, on remet en cause le savoir antique
et une profonde révolution culturelle métamorphose la médecine. On
explore le corps humain et on se met à quantifier les phénomènes vitaux
en mesurant le pouls et la température corporelle... Harvey découvre
la circulation sanguine. C'est la naissance de la médecine moderne qui
bouleversera l'enseignement médical traditionnel. Suivra l'approche
anatomo-clinique qui classe les maladies en fonction des symptômes
et des lésions observées à l'autopsie. L'enseignement clinique sera
mis au pinacle par l'École française au XIX<sup>e</sup> siècle, avant de connaître
une embellie dans les pays germaniques, qui associent la clinique
à l'enseignement et à la recherche, une prémonition des Centres
hospitalo-universitaires, mis en oeuvre en 1958 par Robert Debré.
Aujourd'hui, le coeur battant de l'enseignement et de la recherche
médicale se situe Outre-Atlantique, à Baltimore, Boston, Yale,
San Francisco... Jamais la médecine n'a connu plus féconde période.