Montaudran : dans les ateliers des pionniers

Le 1<sup>er</sup> janvier 1946, Maurice Berlan entre chez Air France à
Montaudran. Il a 27 ans, une famille, une formation en mécanique avion.
Le quotidien de Montaudran développe en lui ses qualités humaines autant
que professionnelles. Il enseigne aux plus jeunes que lui, il a conscience de
s'inscrire dans une lignée. Celle des fondateurs de la Ligne, qui continue
après eux.
Il écrit : « C'est dans l'oeuvre commune du travail quotidien et dans la camaraderie
que naîtra la confiance ; c'est ainsi que, progressivement, des pans d'histoire
vont s'éclairer et me donner à penser que tous ces compagnons de travail
ont été acteurs ou témoins d'une grande aventure, parfois les deux à la fois. »
Dans les années 1950, toujours soucieux de mettre en accord ses actes
avec ses idées, il s'engage. Très vite devenu secrétaire général de la section
CGT de Montaudran, il oeuvre pour le progrès des conditions de travail.
Parallèlement, il participe activement aux commissions du Comité d'établissement.
L'heure de la retraite venue, il n'abandonne pas ses convictions
ni ses camarades. C'est ainsi que « parcourant la région ou exploitant mes propres
archives, je n'ai eu de cesse de retrouver l'histoire de Montaudran. J'ai rencontré
parfois des êtres vivant comme des ascètes, hors du monde, hors du temps,
comme si celui-ci s'était arrêté à la limite de leurs exploits, doués d'une fabuleuse
mémoire. Je les ai écoutés, j'ai enregistré leurs récits, hésitant d'abord puis
s'écoulant comme un fleuve ininterrompu. Assurés du regard bienveillant des
portraits d'un Saint-Exupéry, Guillaumet, Daurat, avec lesquels ils avaient
souvent partagé les risques, rarement la gloire, leur narration laissait apparaître
une certaine frustration en même temps qu'un appel à la réhabilitation. »
Maurice Berlan nous offre aujourd'hui le fruit de son travail ; il redonne
la lumière à ceux qui, jusqu'alors, étaient restés dans l'ombre des «grands».
Ces «modestes» dont Jean Mermoz disait : « Sans ces hommes, les mains dans
le cambouis, la Ligne n'aurait jamais existé. »
C'est un point de vue inédit que l'on découvrira au fil de ces pages, celui
de ceux qui ont oeuvré quotidiennement dans Les Ateliers des Pionniers.