Alphonse de Neuville, 1835-1885

On n'a plus idée de la déflagration que produisit
l'effondrement instantané du second empire.
Dans la France amputée de ses provinces orientales,
une même obsession subjuguait les esprits :
la revanche ! Imagiers des élans de l'âme, les peintres,
naturellement, firent leur miel de ce ressentiment
unanime. Parmi ceux-là, quelques surdoués,
«salonnards» pour la plupart : meissonier, detaille...
Alphonse de neuville surtout. Neuville qui, fort de
l'héritage romantique, s'attache au fracas, à la consistance
même des nuées saturées de soufre et de cris...
À une époque où la guerre n'est pas encore la boutique
du photo-reportage, neuville se débarrasse de toute
la quincaillerie allégorique du grand genre. Ce qu'il
poursuit, c'est l'instant. Et de ces instantanés tumultueux
sourd l'héroïsme ordinaire des sacrifiés.
Certains de ses chefs-d'oeuvre courent sur nos manuels
d'histoire : les dernières cartouches, le cimetière de
Saint-Privat, les défenseurs du bourget. Pourtant,
aucune monographie ne lui avait encore été consacrée.
Ce livre comble un manque en même temps qu'il
répare une injustice, en rappelant l'incroyable metteur
en scène et l'époustouflant dessinateur que fut
ce «peintre-reporter» unique en son genre.