Le danseur de la Chambre des pairs : Edmond d'Alton-Shée (1810-1874)

Le danseur de la Chambre des pairs
Edmond d'Alton-Shée (1810-1874)
Défenseur des opprimés le jour, noceur endiablé la nuit, en compagnie de Musset, du prince de Belgiojoso ou du prince Waleski, le fils polonais de Napoléon, Edmond d'Alton-Shée est le premier d'une longue lignée de « dandys gauchistes ». Il est cité comme tel par Flaubert dans L'Éducation sentimentale , qui parlant d'un personnage écrit : « Le pharmacien le compara même à M. d'Alton-Shée qui, pair de France, défendait la cause du peuple ». Victor Hugo insiste : « Nous sommes vous et moi, les deux seuls pairs républicains ».
D'Alton a suivi le déclin du régime de Louis-Philippe. Il est l'ami de Guizot, de Thiers avec lesquels il se brouille. Il est le seul pair à voter la mort pour Louis-Napoléon, coupable du coup d'État manqué de Boulogne. Il participe à la Révolution de 1848, se présente aux élections d'avril à l'Assemblée constituante. Avec son club, il mène campagne. Sans succès. Napoléon III ne manque pas de lui faire payer son vote. Il part alors à « Bucharest » soutenir la construction par la France des chemins de fer roumains. En confiant à son meilleur ami, le peintre-philosophe Paul Chenavard, sa trop jolie femme. Quelle imprudence ! Et Victor Hugo est également à l'affût...
D'Alton a voulu se défendre en écrivant à la va-vite des pièces de théâtre qui lui ont valu des ennuis avec Paul de Musset, en rédigeant des Mémoires , où il est pudique sur ses frasques. Dans son éloge funèbre, son ami Gambetta déclare : « la démocratie n'a pas fait à d'Alton-Shée l'accueil confiant et fraternel auquel il avait droit ».