L'écume des nuits

- On ferme ! crient les artistes.
- On ouvre ! clament les marchands.
Saint-Germain-des-Prés agonise et le Quartier Latin se
meurt. Le papier chiffon cède la place aux chiffons, les
textes aux textiles. L'être contre le néant, quoi.
Pourtant, avoir seize ans après la guerre et, en rupture
de lycée, découvrir Saint-Germain-des-Prés à travers
quatre années de folie et tomber dans ce chaudron où
des cuisiniers fous, qu'ils s'appellent Vian, Luter ou
Gréco, vont faire mijoter le lettrisme, le jazz, le be-bop
et l'absurde, on ne s'en remet jamais.
Le héros, existentialiste malgré lui, amoureux des filles
et des mots dans un impossible mariage à trois, est le
frère de tous ceux qui hantent ces nuits et ces caves où
les filles se veulent muses, compagnes, égales. Les temps
sont à l'amour, à la fiesta. On s'aime sur un air de be-bop.
On se quitte sur un blues du petit matin. On en soupire
de bonheur. Il sera toujours temps de refaire le monde.
Mais en vaut-il la peine ?
Il est permis d'en douter.
On est existentialiste ou on ne l'est pas.