Les Additions de Saint-Simon au Journal de Dangeau : perspectives sur la genèse des Mémoires

Dans notre étude de l'optique de Saint-Simon, nous avons ordinairement
négligé la généalogie de ses oeuvres, refusé même
toute incursion vers ce qu'on pourrait appeler la généalogie de ses
images. Non que la comparaison d'une oeuvre et d'une autre oeuvre
d'un même écrivain ne puisse révéler la permanence de ses «formes»
psychiques, voire quelque accentuation de la courbure de son esprit
(de sa mémoire...) ; mais l'alternance d'une psychographie dans l'espace
et d'une psychographie dans le temps ne pouvait alors qu'accroître
les risques de confusion.
Il fallait oublier le temps.
Mais enfin ce serait peut-être, sinon manquer, du moins s'exposer
à réduire une essentielle dimension du génie saint-simonien, qu'isoler
les Mémoires des autres «papiers» dont la rédaction précéda - et
prépara peut-être - la rédaction définitive du grand-oeuvre.
Cette cohérence de l'imaginaire que nous avons cherchée à travers
les Mémoires , il ne nous déplairait pas qu'elle fût introuvable dans les
autres écrits de Saint-Simon : cela signifierait que la plus authentique
création saint-simonienne fut tardive, que Saint-Simon n'inventa
qu'aux alentours de l'année 1740 cet univers dont il ignorait jusqu'alors
que fût capable son esprit.
Mais quel plaisir aussi de retrouver dans les écrits antérieurs, et
particulièrement dans les Additions au Journal de Dangeau, ces déformations
de la matière historique et ces magnifiques écarts qui, dans
les Mémoires , nous confondent et nous séduisent, de reconnaître avec
Saint-Simon ses itinéraires et avec lui chercher l'unité profonde de son
dessein, la structure de son univers le plus irremplaçable !
D'aller avec lui à la recherche de lui-même, ultérieur et natif...
«Et le Démon lui dit : Donne-moi une preuve. Montre que tu es
encore celui que tu as cru être» (P. Valéry, Monsieur Teste ).