La douleur des bêtes : la polémique sur la vivisection au XIXe siècle en France

La douleur des bêtes
La polémique sur la vivisection au XIX<sup>e</sup> siècle en France
Les exercices chirurgicaux sur chevaux vivants furent pratiqués dans les
écoles vétérinaires dès leur fondation, au milieu du XVIII<sup>e</sup> siècle. Dans la
cour de l'école, plusieurs groupes d'élèves s'affairaient, chacun sur un
animal. Les opérations étaient graduées de telle sorte qu'il pourrait toutes les
supporter avant d'être mis à mort.
Les médecins étaient l'autre catégorie de professionnels s'adonnant à la
vivisection. Ils ouvraient largement la poitrine, sciaient le crâne et les hémisphères
cérébraux, enfonçaient des aiguilles dans la tête, des stylets dans la colonne vertébrale... Les cris des animaux leur donnaient des indications précieuses...
La vivisection s'est constituée au XIX<sup>e</sup> siècle en pratique professionnelle. Suscitant un véritable engouement au début du siècle, elle n'a cessé de se développer
jusqu'à devenir un paradigme institutionnalisé en 1880. Dans le même temps, elle
a engendré des contestations de plus en plus nombreuses, de la part de certains
vivisecteurs eux-mêmes puis des médecins publicistes, des protecteurs des animaux
et du grand public organisé en associations. Pourtant les ultras de la vivisection ont
été vainqueurs, revendiquant avec succès la liberté totale de leurs pratiques.
Pourquoi la vivisection s'est-elle développée de cette façon au XIX<sup>e</sup> siècle en
France ? Pourquoi a-t-elle été contestée ? Comment s'est accomplie sa victoire ?
Cet ouvrage vise deux objectifs : par le récit historique, rendre compte des faits ;
par leur interprétation, sortir du point de vue dominant, celui des vainqueurs.
Sujet peu connu et très maltraité, la polémique sur la vivisection et l'expérimentation animale offre l'occasion de faire une histoire sociale symétrique rompant
avec la grande tradition de l'histoire des idées et réhabilitant les vaincus : les
antivivisectionnistes et les animaux.