Jeanne d'Arc entre la terre et le ciel du Midi : regards méridionaux sur la bonne Lorraine, XVe-XXIe siècle

À l'origine de cette manifestation historiographique
collective, se place l'interrogation suivante : peut-on relever
les traces d'une mythologie de Jeanne propre au Midi ?
Et, si c'est le cas, sommes-nous en présence d'un écho
déformé par la distance des véritables traces et supports de
mémoire conservés et valorisés dans le Nord et l'Est, ou bien
peut-on admettre qu'il existe bel et bien une mise en scène
de sa mémoire spécifique au Grand Sud, c'est-à-dire à cet
arc de cercle qui se déploie de l'océan atlantique à la mer
Méditerranée, des Pyrénées aux Alpes ?
En effet, même si le Midi fut rarement le cadre solennel de
commémorations publiques en l'honneur de Jeanne, il nous
a paru stimulant de nous pencher sur L'Aventure singulière de
Jeanne d'Arc au XV<sup>e</sup> siècle, vue du Midi.
C'est souvent à de grands créateurs méridionaux - Ingres
et Bourdelle nés à Montauban, Joseph Delteil, originaire
de l'Aude, Joseph Fabre de l'Aveyron, entre autres - que
l'on doit des images et des textes emblématiques, qui
ont contribué à enrichir son mythe contemporain, voire
peut-être même à le créer de toute pièce à l'époque
romantique. De plus, la plupart des villes du Midi possèdent,
encore bien visibles dans l'espace public, des voies et des
rues, des statues, des monuments johanniques même, de
première importance. Dans ces conditions, à l'occasion du
sixième centenaire de la naissance de l'héroïne, il nous paru
opportun de quitter, un instant, la Lorraine et la Normandie
pour descendre au sud de la Loire, du côté de la Garonne, sur
les bords de la Méditerranée, afin de mesurer l'importance
de l'impact de cette figure de proue dans l'espace méridional
depuis environ cent-cinquante ans, en associant historiens et
historiens de l'Art. Cependant, que les Lorrains se rassurent,
il n'est pas question d'annexer Jeanne d'Arc au légendaire de
la France méridionale, de la «méridionaliser».