Ecrits libertaires : 1948-1960

Sachez-le, en dépit de tout ce que les pouvoirs intellectuels infatués proclament :
Camus est dans sa vérité première alors qu'il contribue à toutes les revues libertaires de
son temps : Défense de l'Homme, Le Libertaire, La Révolution prolétarienne, Témoins... Il y fait
ces aveux à propos de Bakounine, le père russe de l'anarchie : «Il est vivant en moi» ;
de cette Espagne, dont est issue sa branche maternelle : «Je lui dois presque tout» ; de
Gandhi, «Son importance n'est plus à dire» - en pleine guerre d'Algérie. Aux côtés des
têtes pensantes de ces publications, Maurice Joyeux, Louis Lecoin, Gaston Leval, Rirette
Maîtrejean, Jean-Paul Samson... - leurs interventions sont là, qui nourrissent les siennes -
il dégage l'idée d'un «génie libertaire». Et si Camus a jamais mérité ce jugement de la
philosophe Hannah Arendt qui inaugura, avec sa dénonciation du totalitarisme, la pensée
moderne et qui écrivait en 1952 : «Sans aucun doute le meilleur en France à l'heure
actuelle. Il dépasse les autres intellectuels de la tête et des épaules», c'est avec cet
ensemble, d'une rare éloquence !
Jean-Pierre Barou/Sylvie Crossman