Une Afrique sans objets : du vide naît le rythme

Plus l'Afrique nous déroute et plus nous ressentons le besoin de tenir en main - ou de saisir par la pensée - des objets qui soient authentiquement africains. Or si le folklore déçoit toujours, l'examen des objets dont s'entourent les Africains ne valide aucun des critères qui permettraient d'établir leur africanité. Et les paradoxes abondent : tous les objets d'Afrique ne sont pas africains et ceux qui le sont vraiment sont parfois d'origine étrangère.
L'objet africain se dérobe donc à plaisir et n'existe à vrai dire que dans nos imaginaires saturés de stéréotypes réfractaires au changement. Mais en lieu et place de cet objet, s'ouvre en Afrique un vide béant que structurent les rythmes qui traversent toute la culture africaine - reflet fidèle de l'éclatement d'une société marquée par la dispersion de tous ses repères.
En Occident, les Cubistes ont bien retenu cette leçon magistrale de l'Art nègre qui ne dissout la forme que pour mieux la restructurer par le rythme. Et la psychanalyse nous confirme que l'objet a toujours partie liée avec l'absence ; l'objet réel est en effet l'objet qui n'est pas là. L'Occidental et l'Africain partagent donc cette expérience décisive qu'est la perte de l'objet - dont ils demeurent l'un et l'autre inconsolables. Mais cette perte n'intervient pas dans les mêmes circonstances et ils en restent marqués durablement par deux vécus très différents. D'où la permanence de leurs malentendus qui s'enracinent dans la relation première de l'Homme à l'Objet.