L'art de légiférer. Un système de politique

James Harrington (1611-1677) fut le témoin et le théoricien des
crises et des aspirations qui marquèrent son époque. Dans son livre
le plus célèbre, Océana (1656), il dressait à l'intention de Cromwell,
sous une forme utopique, le tableau d'une Angleterre qui, à la suite
de la disparition des structures de la société féodale, renoncerait
définitivement à la monarchie.
Fidèle à l'héritage d'Aristote et de Machiavel et appuyé sur une
lecture originale de l'histoire sainte, il élabore le modèle d'une
république de citoyens propriétaires fonciers. Par là même, il fraye
le chemin de quelques-uns des thèmes qui allaient être ceux de la
politique des Lumières : relations entre l'infrastructure économique
et la dévotion du pouvoir politique (avec des lois agraires destinées
à limiter l'influence des grands propriétaires), affirmation de la
souveraineté du peuple, séparation des pouvoirs et instauration d'un
système représentatif, renouvellement périodique des dirigeants,
insertion de la religion dans la vie collective et reconnaissance de
la liberté de conscience, découpage du territoire national en unités
administrées par des magistrats élus, organisation d'une armée de
citoyens.
C'est dans L'Art de légiférer , paru à Londres en 1659, au terme de sa
brève carrière d'écrivain politique, que Harrington donne de son projet
l'expression la plus systématique. La traduction de cet ouvrage est
complétée par celle d' Un Système de politique , manuscrit posthume
qui constitue une sorte de testament intellectuel de l'auteur.