Cahier critique de poésie, n° 7. Jean-François Bory

Dominique Noguez, dans un essai, soutient que le rôle d'un anteur doit
être aussi un rôle de passeur : faire passer l'immense richesse d'antan
dans la littérature d'aujourd'hui, pour qu'elle aide l'avenir à naître,
voilà, dit-il, la tâche de l'auteur et il poursuit en disant : «être auteur
c'est ne pas dissocier les deux fonctions : création et mise en valeur des
autres», et il ajoute «qu'écrire vraiment c'est être les deux à la fois, et
qu'en particulier n'écrire jamais sur ses prédécesseurs, ou ses contemporains,
est le signe d'un petit esprit», Noguez distingue ainsi ceux qu'il
appelle les simples livreurs des auteurs.
Je n'avais pas d'idées précises sur la question avant de lire ces lignes de
Noguez, depuis, je ne suis pas de son avis. Je suis absolument de son avis,
tant augmente le nombre de poètes contemporains qui s'installent dans la
volupté d'eux-mêmes et justifient seulement, par des interdits, ce que leur
souverain labeur pincé n'a pas réussi à prouver. Ne sont que des livreurs
ces malheureux qui n'ont que des idées définitives sur la littérature.
Jean-François Bory